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jeudi 11 février 2010

« Une odyssée américaine » de Jim Harrison

      « Une odyssée américaine », c’est l’histoire de Cliff, 62 ans, ancien prof de littérature reconverti en fermier qui voit sa vie basculer le jour où sa femme le quitte après 38 ans de mariage et du même coup perd sa ferme. Il décide alors de voir du pays et de vivre librement. Il embarque avec lui dans sa Ford Taurus un puzzle des Etats-Unis dont il jette les pièces au fur et à mesure qu’il traverse les frontières.


      Entre sa fidèle chienne Lola qui vient de mourir, Marybelle cette ancienne étudiante avec qui il va vivre une relation passionnée, mais qui va vite devenir envahissante, Vivian son ex-femme qui l’a quitté pour un autre, Robert son fils gay, ses souvenirs d’enfance, de ses parents, de son grand-père,… Cliff se rend compte qu’il est difficile de commencer une nouvelle vie et se trouve constamment tiraillé entre son passé et son futur qu’il doit prendre en main.

       La route de Cliff, du Michigan au Nouveau Mexique, est ponctuée de références à Emerson et Thoreau ainsi que de rencontres et d’arrêts dans des diners où il fantasme sur les serveuses, de motels au milieu de nulle part, de sites historiques qui servent de prétexte à des allusions à l’histoire de l’Amérique – Bush, Custer, l’Irak, le génocide amérindien. Et d’ailleurs, l’odyssée de Cliff n’est pas qu’un voyage personnel, il entreprend un véritable projet artistique, voire historique, de non seulement renommer les oiseaux du continent nord-américain, mais aussi de rebaptiser chaque état des Etats-Unis par le nom de la tribu amérindienne qui y vivait avant l’arrivée des Européens.



      N’ayant pas lu d’autres romans de ce géant de la littérature américaine (« Légendes d’Automne », « Dalva », « Retour à la Terre »,…), je n’ai pas de vision globale de son œuvre, et certaines critiques disent que c’est « le livre de trop ». Une critique qui me paraît (même si je n’ai fait que survoler ces avis) pas vraiment fondée et qui semble se baser sur une méconnaissance de l’histoire américaine ou des peuples américain et amérindiens vu le sous-texte historique de ce roman.

      Harrison nous fait voyager dans ces grands plaines du Wyoming, dans le désert de l'Arizona, nous fait partager son amour de la pêche dans les rivières du Montana, on tourne les pages presque frénétiquement, et pourtant, malgré les kilomètres parcourus, il ne se passe pas grand-chose. C’est « l’odyssée » d’un homme ordinaire, avec une vie ordinaire, et c’est bien cela qui est attachant –mais qui décevra peut-être d’autres ?  C’est seulement en refermant le livre que j’ai vraiment compris où Harrison voulait en venir. Une odyssée américaine est plus qu’un road trip, c’est une réflexion sur la vie, presque une confession, qui va au-delà de la soudaine lubie d’un sexagénaire qui cherche à donner un sens à sa vie. C’est une réflexion sur une histoire personnelle et sur l’Histoire des Etats-Unis à travers les yeux et les mots d’un homme d’une soixantaine d’années quelque peu désabusé mais qui renoue peu à peu avec ses premières amours, la nature et l’écriture. Que cette histoire se situe sur deux dimensions aussi éloignées et pourtant intimement liées (la vie de Cliff et l’Histoire de la colonisation du continent américain) font de ce roman une œuvre à découvrir et à lire jusqu’au bout, entre les lignes, car le sous-texte vaut vraiment la peine qu’on s’y attarde.


-Mc Bouille-

21EUR
316 pages.

jeudi 28 janvier 2010

« Des souris et des hommes » de Pierre-Alain Bertola.


Paru en 1937, “Des souris et des hommes” est un grand classique de la littérature américaine et de l’œuvre de John Steinbeck. L’histoire se situe dans l’Amérique de la crise de 1929. George, le petit débrouillard, et Lennie, le grand simple d’esprit et fort comme deux hommes, sont inséparables.

« Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, y a pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez-soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d’argent, et puis ils vont en ville et ils dépensent tout… et pas plus tôt fini, les v’là s’échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux. […]
- Mais pas nous ! Et pourquoi ? Parce que … parce que moi, j’ai toi pour t’occuper de moi, et toi, t’as moi pour m’occuper de toi, et c’est pour ça. »




Le roman de Steinbeck est marqué par une certaine économie narrative, des dialogues répétitifs, des descriptions magnifiques de paysages, de décors, de personnages et surtout de situations. Beaucoup de détails et de réalisme qui chargent l’œuvre de Steinbeck d’émotion, ce que Pierre-Alain Bertola transpose de manière fidèle et très forte.

Bertola, graphiste-scénographe suisse, réalise une adaptation remarquable du roman de Steinbeck. Il épure le texte, tâche ardue mais très réussie, tout en gardant les extraits choisis intacts. Cette fidélité à l’original ajoute une qualité indéniable à cet album. Mais au-delà du texte, la technique utilisée (aquarelle très diluée) est admirablement maîtrisée et esthétiquement très belle. Le noir et blanc, avec toutes ses nuances de gris, spécialement dans les paysages et les visages, créent un aspect « brut » qui colle bien avec le texte de Steinbeck.

Bertola aime l’œuvre de Steinbeck et on le sent.



-Mc Bouille-

Trad. Maurice-Edgar Coindreau (ed. Gallimard, 1955)
14,95EUR
120pages.

vendredi 15 janvier 2010

« Le Blues de Buddy » de Maria Cristina Pritelli


      «Summer time... and the livin' is easy...»

      Nouvelle Orléans, années 1920. Buddy, dit Le Chat, vit par et pour la musique. Un jour, son père, un musicien, quitte la maison espérant faire fortune dans le Nord. Buddy, plein de rage et sa trompette à la main, saute alors dans un train de marchandises. Pour Buddy c’est le début d’un voyage rythmé par le blues et ses rencontre avec Ange Noir, un ancien prisonnier, et peu après, le pasteur Tom.




      Ce livre est tout simplement magnifique. L’auteur, Maria Cristina Pritelli, arrive à faire passer des sensations physiques au travers des couleurs, des mots, et tout ce qui peut se produire entre le dessin et la prose –prose ?, pourtant en refermant le livre, j’ai l’impression que je viens de lire de la poésie. On sent la chaleur moite de la Louisianne, on voit le coton s’élever dans les airs et on le sent presque sur notre peau. On entend le blues joué par Buddy et Ange Noir, la voix du Pasteur et les applaudissements de la foule. Leur musique, ou plutôt ce livre, nous rentre dans la peau et nous touche là où on ne s’y attendait pas. Dans le cœur, dans les tripes.

      Voici un extrait, où Buddy et Ange Noir se dirigent vers Jackson.

« L’homme nous a conduits jusqu’à un croisement et nous a indiqué quelle était la route à suivre pour arriver à la ville de Jackson, puis il nous a salués et est reparti.
Nous sommes restés quelques temps immobiles, debout dans la lumière aveuglante, à côté de la route poussiéreuse et déserte. Le seul bâtiment des environs était une petite église blanche sur laquelle s’étaient posés des dizaines de corbeaux et d’où provenaient quelques notes de piano qui crevaient ce silence étouffant.
La musique nous a attirés comme l’eau attire l’homme dans le désert. Nous nous sommes approchés et nous sommes entrés. » (20)


      C’est un livre de littérature jeunesse, mais il plaira tout autant (voire plus) aux adultes, de par son thème et son trait BD.

Et parce que ça m'a touchée: « Je ne serai jamais une fleur qui fane avant de s’épanouir. » - Buddy



- Mc Bouille -

"Le Blues de Buddy"
Maria Cristina Pritelli
Editions Le Sorbier, 2009.
13euros
ISBN : 978-2-7320-3932-9